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Full text of "Le Grand Trianon, architecture, décoration, ameublement"

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GRAND  TRIANON 


LE 


Grand  Trianon 

Architecture 

Décoration  _  Ameublement 


PARIS 

LIBRAIRIE  DES  ARTS  DÉCORATIFS 

A.  CA  LAVA  S,  Éditeur 
68,  rue  Lafayette 


LE  GRAND  TRIANON  A  LA  FIN  DU  XVIII'  SIÈCLE 
Dessin  du  chevalier  de  Lespinasse,  grave  par  Née,  publié  dans  le  Voyage  pittoresque  de  ta  France. 


Le  Grand  Trianon 


Ce  palais  décoré  de  pilastres  de  marbre  rose  ne  fut 
pas  la  première  construction  de  Louis  XIV  à 
l’extrémité  du  bras  septentrional  du  canal  de 
Versailles,  en  face  de  la  Ménagerie.  Là,  sur  l’emplace¬ 
ment  d’un  hameau  nommé  Trianon,  acquis  par  le  Roi 
pour  l’agrandissement  de  son  parc,  s’éleva  d’abord  un 
petit  château  d’un  caractère  assez  inattendu  à  une  époque 
qu’on  dit  surtout  éprise  de  pompe  et  de  majesté.  Les 
vases  de  faïence  qui  brillaient  sur  ses  combles  parmi  les 
figures  et  les  ornements  de  plomb  doré,  ses  murs  ornés 
de  «  carreaux  de  Hollande  »,  ses  corniches  de  stuc  blanc 
et  bleu  dans  le  goût  des  ouvrages  chinois,  dont  la  mode 
naissait  alors  en  France,  lui  avaient  fait  donner  le  nom 
de  Trianon  de  Porcelaine.  Les  poètes  l’appelaient  le 
Palais  de  Flore  à  cause  de  ses  merveilleux  jardins  où 
les  fleurs  les  plus  rares  et  les  plus  parfumées  étaient 
renouvelées  en  toute  saison  comme  par  enchantement. 
Bâti  en  1670,  probablement  sur  les  dessins  de  François 
Le  Vau,  le  Trianon  de  Porcelaine  disparut  dans  les 


(1)  Bibliographie: 

Les  Palais  des  deux  Trianons,  Domaine  de  la  Couronne,  1837. 

Soulié  :  Notice...  des  palais  de  Trianon,  i852  (réimprimé  en  1878). 

De  Lescuke  :  Les  palais  de  Trianon,  s.  d.  (1867). 

Dussikux  :  Le  château  du  Versailles,  2*  édition,  i885,  tome  II. 

P.  de  Nolhac  :  Le  Trianon  de  Porcelaine  (Renie  de  l'histoire  de 
Versailles,  1901),  étude  reprise  dans  la  Création  de  Versailles,  1901. 

A.  Dératé  :  Versailles  (Les  Villes  d’Art  célèbres),  1904,  pages  86  à  95. 

Entin,  M.  Maurice  Magnien  a  le  premier  mis  en  œuvre  les  documents 
conservés  aux  Archives  Nationales  (O1  1874  et  O1  1884)  dans  une  étude  très 
approfondie  à  laquelle  j'ai  beaucoup  emprunté  pour  l’histoire  de  Trianon 
sous  Louis  XIV.  Elle  a  paru  dans  la  Renie  de  l'histoire  de  Versailles 
(février  1908),  sous  le  titre  :  Le  Trianon  de  Marbre  pendant  le  règne  de 
Louis  XIV. 


derniers  mois  de  1686  :  Charles  Perrault,  l’auteur  des 
Contes  de  Fées,  premier  commis  des  Bâtiments  royaux, 
signait,  le  24  septembre  de  cette  année,  une  pièce  intitu¬ 
lée  :  «  Extrait  de  la  quantité  de  piere  dure  de  Saint-Leu 
et  Carrière,  provenant  de  la  démolition  de  Trianon,  qui 
peut  être  réemployé.  »  ( Arcli .  N  ai.  O1,  1884.) 

Il  ne  reste  aujourd’hui  du  premier  palais  de  Flore 
que  le  bassin  en  fer  à  cheval  où  se  reflètent  les  rampes 
aux  courbes  gracieuses  qui  descendent  jusqu’au  canal. 
Les  murs  de  ces  rampes,  couronnés  de  balustres  et 
décorés  de  «  glaçons  »  entre  des  chaînes  de  bossages  ont 
été  construits  et  sculptés  entre  1678  èt  1679  (Comptes 
des  Bâtiments,  tome  I,  col.  io3g,  io5o,  1 1  (5 1  ) .  Une 
terrasse  plantée  de  beaux  arbres  les  domine.  C’est  ici 
que  Louis  XIV  viendra,  les  soirs  d’été,  quand  le  Trianon 
de  Marbre  aura  remplacé  le  Trianon  de  Porcelaine, 
assister  aux  évolutions  de  sa  flottille  de  gondoles  :  «  Le 
Roi,  note  Dangeau  dans  son  journal,  le  10  juillet  1699, 
partit  de  Versailles  et  entra  sur  les  six  heures  du  soir 
dans  les  jardins,  et,  après  s'y  être  promené  quelque 
temps,  il  se  tint  sur  la  terrasse  qui  regarde  sur  le  canal 
et  y  vit  embarquer  Monseigneur,  M“e  la  Duchesse  de 
Bourgogne  et  toutes  les  princesses...  Tous  les  musiciens 
du  Roi  étaient  dans  un/ac/i.  Le  Roi  fit  apporter  des  sièges 
en  haut  de  la  balustrade,  où  il  demeura  jusqu’à  huit  heures 
à  entendre  la  musique  qu’on  faisait  approcher  le  plus 
près  que  l’on  pouvait.  » 

Pourquoi  la  galante  maison,  si  propice,  pendant 
quelque  quinze  ans,  aux  divertissements  royaux,  si  célèbre 
que  son  nom  devint  aussitôt  un  terme  générique  pour 


désigner  tout  pavillon  isolé  construit  dans  un  parc,  fut- 
elle  détruite  en  1686?  Suffit-il  pour  expliquer  cette 
condamnation  d’invoquer  un  caprice  du  roi  bâtisseur? 
Pensera-t-on  que  la  décoration  dans  le  goût  chinois 
parut  un  jour  trop  frivole  ou  que  M""‘  de  Maintenon 
souhaita  de  voir  disparaître  ou  renouveler  le  décor  des 
fêtes  dont  M"'c  de  Montespan  avait  été  la  reine? La  prin¬ 
cipale  cause  de  la  disgrâce  du  petit  château  fut  vraisem¬ 
blablement  que  Louis  XIV  avait  besoin  de  sa  place  pour 
un  nouveau  favori.  Dans  le  site  qui  n’avait  pas  cessé  de 
lui  plaire  et  dont  il  connaissait  tous  les  avantages,  non 
loin  de  Versailles,  à  l’extrémité  d’un  bras  du  canal,  au 
milieu  des  arbres  plantés  par  Le  Bouteux,  au  milieu 
des  fleurs,  il  voulait  un  palais  moins  vaste  que  celui  de 
Versailles,  démesurément  agrandi  par  les  travaux  de 
Le  Vau  puis  de  Mansart,  moins  grand  même  que  Marly 
(dont  l’achèvement  dans  sa  forme  générale  coïncide  avec 
l’élaboration  des  plans  du  nouveau  Trianon'  et  cepen¬ 
dant  plus  habitable  qu’une  maison  de  porcelaine  «  à  faire 
des  collations  »  et  à  «  passer  quelques  heures  du  jour 
pendant  le  chaud  de  l’été  ». 

Ce  palais  s’édifia  rapidement,  en  1687,  sur  les  dessins 
de  Mansart  aidé  de  Robert  de  Cotte.  Dès  la  fin  de  l’année 
on  voit,  dans  les  Comptes ,  des  paiements  pour  les  chapi¬ 
teaux  et  même  pour  des  travaux  de  sculpture  sur  bois 
dans  les  appartements.  Le  i3  novembre,  le  roi  trouve 
son  nouveau  bâtiment  «  fort  avancé  et  fort  beau  ».  C’est 
Dangeau  qui  nous  le  dit.  Le  17  janvier  1688,  il  y  entend 
l’opéra  de  Roland;  le  22  janvier,  il  y  dine  pour  la  pre¬ 
mière  fois;  le  4  février,  il  y  dine  de  nouveau  et  donne 
des  ordres  pour  l’embellissement  du  palais;  le  12  juillet, 
les  meubles  et  tous  les  lits  y  sont  déjà  posés.  Dangeau 
écrit  enfin,  à  la  date  du  i3  novembre  :  «  Le  roi  dîna  à 
son  petit  couvert  et  alla  ensuite  tirer  dans  son  grand 
parc;  sur  les  quatre  heures,  il  revint  à  Trianon,  qu’il 
trouva  achevé  et  meublé  ». 

Le  Trianon  de  marbre  est  donc  achevé  dans  l’en¬ 
semble  dès  l’automne  de  1688.  Mais  les  travaux  de  déco¬ 
ration  intérieure  occupèrent  encore  bien  des  artistes  pen¬ 
dant  les  années  qui  suivirent  et  presque  jusqu’aux  derniers 
jours  du  règne.  Nous  verrons  en  effet  que  là,  comme  dans 
toutes  ses  résidences,  Louis  XIV  céda  à  son  besoin  de 
continuel  changement.  Il  eut  un  appartement  d’apparat, 
d’abord  dans  l’aile  droite,  où  il  ne  coucha  jamais,  puis 
dans  l’aile  gauche,  où  il  coucha  pour  la  première  fois  le 
20  avril  1694,  enfin,  à  partir  de  iyo3,  dans  le  corps  de  logis 
qui  s’étend  entre  la  cour  d’entrée  et  le  «  Jardin  du  roi  », 
à  la  place  de  la  salle  de  spectacle.  Trianon  sous  bois,  cons¬ 
truit  en  même  temps  que  le  reste  du  palais,  fut  sensible¬ 
ment  modifié  en  1705. 

A  peu  près  abandonné  après  la  mort  de  Louis  XIV, 
pendant  la  Régence  et  sous  le  ministère  de  Fleury, 
Trianon  s’anima  de  nouveau  vers  le  milieu  du  xvmc  siècle, 
Cette  résidence,  où  il  lui  avait  été  permis  seulement  de  se 
promener  et  de  chasser  pendant  son  enfance,  Louis  XV 
l’aimait  pour  son  intimité.  C’est  là  qu’en  1744  il  alla 
pleurer  la  mort  de  la  duchesse  de  Chàteauroux.  A  partir 
de  J749i  il  y  fit  d’assez  fréquents  et  longs  séjours  avec 
M"10  de  Pompadour,  qui  occupait  les  pièces  habitées  autre¬ 
fois  par  la  marquise  de  Maintenon.  Il  y  eut  alors,  dans 
les  appartements,  quelques  transformations.  Mais  en 


même  temps  le  roi  faisait  construire  par  Gabriel,  pour 
ses  divertissements  rustiques,  les  pavillons  de  la  Nouvelle 
Ménagerie  (1749  à  1753),  planter  un  jardin  botanique  et 
tracer  un  jardin  anglais,  bâtir  un  petit  château  carré  (1762 
à  1768),  si  bien  que,  dans  le  dernier  tiers  du  xvine  siècle, 
le  Trianon  de  Louis  XIV  se  trouva  doublé  par  un  domaine 
d’un  caractère  bien  différent,  qui,  sous  le  nom  de  Petit 
Trianon,  tint  plus  de  place  dans  les  plaisirs  de  la  Cour 
que  le  palais  construit  par  Mansart. 

La  Révolution  épargna  le  Grand  Trianon.  Mais, 
sous  prétexte  de  le  restaurer  et  de  le  rendre  plus  habi¬ 
table,  Napoléon  Ier  et  Louis-Philippe  l’épargnèrent 
moins.  Napoléon  fit  fermer  le  péristyle  à  jour  et  meu¬ 
bler  les  appartements  dans  le  goût  de  Percier  et  Fon¬ 
taine.  Louis-Philippe  fit  exécuter,  en  1 836,  par  l’archi¬ 
tecte  Nepveu  les  travaux  jugés  nécessaires  pour  que 
Trianon  pût  remplacer  comme  résidence  royale  le  ch⬠
teau  de  Versailles,  transformé  en  musée  historique  et, 
désormais,  consacré  «à  toutes  les  gloires  de  la  France  ». 
Il  s’y  arrêta  pour  la  dernière  fois  le  24  février  1848, 
avant  de  partir  pour  Dreux. 

Le  palais  que  nous  allons  décrire  a  conservé  des 
souvenirs  de  toutes  ces  vicissitudes.  Mais,  malgré  les 
mutilations  et  les  changements,  il  reste  dans  l’ensemble 
le  palais  du  Grand  Roi.  Les  boiseries  ou  les  rampes  en 
fer  forgé,  qui  datent  du  temps  de  Louis  XV,  y  sont 
rares.  Malgré  le  mobilier  hétéroclite  que  le  xixe  siècle  y 
rassembla,  malgré  la  couche  de  badigeon  gris  de  lin 
dont  l’architecte  de  Louis-Philippe  fit  empâter  les  lam¬ 
bris,  nous  retrouvons  encore  dans  les  appartements  du 
Grand  Trianon,  comme  dans  le  décor  de  ses  façades, 
l’œuvre  des  excellents  praticiens  qui  vinrent,  avec  disci¬ 
pline,  après  l’achèvement  de  la  Grande  Galerie  de  Ver¬ 
sailles,  avant  les  travaux  du  salon  de  l’Œil-de-Bœuf  et 
de  la  Chapelle,  y  sculpter  le  bois  ou  la  pierre  sous  la 
direction  de  Mansart  et  de  Robert  de  Cotte. 

ARCHITECTURE  ET  DÉCORATION 
EXTÉRIEURE 

Ici,  comme  à  A  ersailles  et  à  Marly,  par  souci  de 
noblesse  et  pour  annoncer  dès  l’abord  une  demeure 
royale,  Mansart  a  abandonné  les  combles  à  la  française 
auxquels  on  1  avait  encore  vu  fidèle  quand  il  avait  con¬ 
struit  pour  M",e  de  Montespan  le  château  de  Clagny. 
Trianon  est  un  palais  bas,  couvert  en  terrasse,  ne  com¬ 
portant  —  en  apparence,  au  moins,  et  si  l’on  excepte 
1  aile  sous  bois  qu’un  rez-de-chaussée  décoré  de 
colonnes  et  de  pilastres  ioniques  et  couronné  par  une 
balustrade.  Tout  semble  y  avoir  été  conçu  pour  que  les 
hôtes  pussent  jouir  de  la  beauté  des  jardins,  fussent  le 
plus  près  possible  des  fleurs.  Les  salons  ouvrent  de 
plain-pied  sur  les  parterres.  Au  milieu  des  bâtiments  est 
un  péristyle,  que  des  vitrages  ferment  depuis  1810,  mais 
qui  laissait  autrefois,  par  ses  sept  baies  largement 
ouvertes,  voir  dès  l’arrivée,  la  verdure  des  arbres. 

Du  côté  de  l’avenue,  le  péristyle  forme,  avec  les 
deux  ailes  qui  lui  sont  perpendiculaires,  une  petite 
cour,  un  peu  plus  profonde  que  large,  limitée  en  avant 


III 


par  deux  fossés  secs  en  quart  de  cercle.  Ces  fossés, 
bordés  de  balustrades,  n’ont,  bien  entendu,  aucun  carac¬ 
tère  défensif,  mais  ils  dégagent  les  soubassements  des 
façades  antérieures  des  ailes  et  donnent  à  ces  façades 
plus  de  hauteur.  Ils  laissent  entre  eux  un  terre-plein  que 
ferme  une  grille  très  simple  posée  probablement  en 
1699,  car  elle  ressemble  fort  à  celle  dont  le  dessin  est 
conservé  aux  Archives  Nationales  (Carton  O1,  1884), 
avec  la  signature  de  Mansart  et  l’inscription  :  «  Éléva¬ 
tion  de  la  grille  de  fer  de  l’entrée  du  palais  de  Trianon, 
donnée  à  M.  Lambert  pour  y  faire  travalier  au  ier  mars 
par  le  sieur  Des  Ossiers,  faict  à  Versailles  ce  2 5  jan¬ 
vier  1(599.  ”  A  chacune  des  ailes  s’appuie  enfin  un  mur 
à  pans  coupés  couronné  de  corbeilles  de  pierre  et  qui  se 
développe  comme  un  paravent  à  plusieurs  feuilles  pour 
masquer,  à  gauche,  la  cour  et  les  bâtiments  des  offices, 
à  droite,  le  «  Jardin  du  Roi  ».  Quand  il  apparaît  ainsi, 
au  fond  d’une 
avenue  de  grands 
arbres,  avec  ses 
murs  de  clôture 
qui  dissimulent 
l’étendue  réelle 
des  bâtiments , 

Trianon  donne 
l’impression  d’un 
petit  palais  de 
proportions  har¬ 
monieuses,  où 
tout  est  concerté 
pour  attirer  le 
visiteur  au  fond 
de  la  cour  d’hon¬ 
neur,  sous  les 
baies  accueil¬ 
lantes  du  péris- 


Du  côté  des 
jardins,  l’impres¬ 
sion  est  toute 
différente  :  une 
longue  façade  se 

développe  où  le  péristyle  forme  un  avant-corps  peu  en 
saillie  sur  les  ailes  qui  le  prolongent.  La  ligne  horizontale 
des  toits  bas,  partout  d’égale  hauteur,  s’allonge  avec 
monotonie,  et  le  petit  palais  parait  écrasé  sous  le  ciel. 
Mais  voici  une  infraction  à  la  symétrie,  peu  conforme  aux 
habitudes  des  architectes  du  xvne  siècle  :  tandis  qu’au 
midi  la  terrasse  qui  conduit  du  palais  aux  jardins  s’appuie 
a  un  mur  de  soutènement  d’où  la  vue  s’étend  librement 
sur  le  canal,  au  nord  elle  est  fermée  par  un  bâtiment  en 
retour  d’angle,  la  Galerie ,  qui  relie  le  palais  à  une  aile 
beaucoup  plus  simple  que  les  précédentes,  Trianon-sous- 
Bois.  Trianon-sous-Bois  et  la  Galerie  sont-ils  des  surcharges 
complètement  exigées  après  coup  pour  la  commodité  du 
logement,  ou  Mansart  a-t-il,  plus  ou  moins  consciemment, 
voulu  rappeler  en  petit  pour  le  spectateur  placé  à  l’extré¬ 
mité  du  bras  septentrional  du  canal  l’aspect  du  château  de 
Versailles  vu  de  la  pièce  d’eau  des  Suisses?  Il  est  certain 
que  si  l’on  supprime  sur  le  plan  ces  deux  corps  de  bâti¬ 
ment,  Trianon  n’en  parait  que  plus  achevé.  Mais  il  est 


hors  de  doute  aussi  que  ces  surcharges  ont  été  con¬ 
struites  en  même  temps  que  le  reste  du  Palais.  Dès 
1  (588,  Drouilly,  Lecomte,  Isaac  Jouvenet,  Boutet  et 
Coysevox  reçoivent  les  paiements  des  beaux  chapiteaux 
composites  ornés  de  masques  de  femmes  entre  des  guir¬ 
landes  de  fleurs  qui  surmontent  les  trumeaux  de  la 
Galerie  ( Comptes  III ,  col.  33,  92,  g3  et  97).  La  même 
année,  des  sculpteurs  travaillent  aux  corniches  de  Tria¬ 
non-sous-Bois  et  Alexis  Fordrin  s’apprête  à  livrer  un 
chef-d’œuvre  de  ferronnerie,  la  rampe  à  pilastres  décorés 
de  godrons,  de  fleurons  et  de  coquilles,  scellée  sur  l’es¬ 
calier  qui  termine  au  nord  ce  bâtiment  (Comptes  ///, 
col.  35,  3y  et  246). 

Toutes  les  façades  des  ailes  principales,  sur  la  cour 
comme  sur  les  jardins,  sont  composées  par  la  répétition 
des  mêmes  motifs  :  de  hautes  baies  en  plein  cintre  alter¬ 
nant  avec  des  pilastres  ioniques,  groupés  deux  à  deux 
dans  les  avant- 
corps,  isolés  dans 
les  arrière-corps. 
Ces  pilastres  sont 
un  placage  à  l’ita¬ 
lienne,  et  il  est 
évident  qu’ils 
n’aident  en  rien 
à  supporter  l’en¬ 
tablement  cou¬ 
ronné  par  une 
balustrade  qui 
dissimule  les 
combles  bas. 
Mais  leur  jolie 
couleur  si  déli¬ 
catement  en  har¬ 
monie  avec  la 
pierre  blonde  des 
chambranles  fait 
oublier  leur  inu¬ 
tilité  ;  elle  donne 
aussi  à  l’ordre 
ionique  une  élé¬ 
gance  exempte  de 

toute  froideur.  Leurs  fûts  sont  en  marbre  rose,  leurs 
chapiteaux  et  leurs  bases  en  marbre  blanc.  Seules  les 
colonnes  du  péristyle  sont  en  marbre  vert  campan.  Le 
marbre  rose  du  Languedoc  forme  encore  la  frise  bombée 
et  pare  les  socles  de  la  balustrade. 

Nous  pourrions  nommer,  grâce  aux  Comptes  des 
Bâtiments ,  tous  les  artistes  qui  collaborèrent,  en  i(588,  à 
l’exécution  de  ce  gracieux  décor.  Les  chapiteaux  étaient 
l’œuvre  ou  sortaient  des  ateliers  d’une  cinquantaine  de 
sculpteurs.  Si  l’on  ne  connaissait  les  habitudes  de 
l’administration  des  Bâtiments  royaux  au  temps  de 
Louis  XIV,  dans  la  distribution  du  travail,  on  pourrait 
s’étonner  que  ces  chapiteaux,  d’une  exécution  d’ailleurs 
très  soignée,  mais  simplement  ornés  de  quelques  oves  et 
d’un  bouquet  de  feuilles  d’achante  entre  des  volutes  au 
centre  fleuri,  aient  été  en  partie  commandés  à  de  grands 
artistes  comme  Coysevox  et  Nicolas  Coustou  ou  même  à 
des  maîtres  de  l’importance  de  Legros,  Regnauldin, 
Lehongre,  Lespingola,  Magnier...  Sur  les  cintres  de 


toutes  les  fenêtres  retombent  des  trophées  de  chasse,  de 
jardinage  ou  de  musique,  enguirlandés  de  fleurs  d’un 
naturalisme  généreux,  roses  charnues,  anémones,  tour¬ 
nesols  ou  légers 
volubilis.  Ces 
trophées  et  cette 
flore,  presque 
aussi  parfaite  que 
celle  de  la  cha¬ 
pelle  de  Ver¬ 
sailles,  étaient, 
en  partie  au 
moins,  l’œuvre 
de  Nicolas  Cous- 
tou  et  de  Joly 
(  Comptes ,  tome 
III,  col.  35). 

Enfin,  la  balus¬ 
trade,  aujour¬ 
d’hui  nue,  resta 
hérissée  jusqu’à 
l’époque  de  la 
Révolution  de 
sculptures  «  en 
pierre  de  Trois- 
sy  »,  posées  à 
l’aplomb  des  co¬ 
lonnes  et  des  pi¬ 
lastres.  Elles  achevaient  de  dissimuler  les  combles, 
dessinaient  sur  le  ciel  des  silhouettes  variées,  augmen¬ 
taient  un  peu  la  hauteur  du  palais.  C’étaient  des  vases, 
des  cassolettes  à 
tètes  de  bélier, 
des  corbeilles  de 
fleurs,  alternant 
avec  des  groupes 
d’enfants.  Nico¬ 
las  Coustou  avait 
fourni  quelques- 
unes  des  cor¬ 
beilles;  des  grou¬ 
pes  d’enfants, 
sans  doute  très 
parents  de  ceux 
que  les  Keller 
fondaient  à  la 
même  époque 
pour  le  Parterre 
d’eau,  avaient  été 
sculptés  par 
Cornu,  J  ouvenet. 

Mazeline ,  Bar- 
rois,  Magnier, 

Legros  et  Cor¬ 
neille  Van-Clève. 

La  Galerie  Phojet  POUR  l’Antichambre 

offre  à  peu  près, 

du  côté  du  parterre,  le  même  système  de  décoration  que 
les  ailes  principales  du  palais,  bien  que  ses  onze  baies 
soient  séparées  par  des  pilastres  beaucoup  plus  larges, 
dont  j’ai  signalé  les  beaux  chapiteaux  que  décorent  des 


masques  graves  de  déesses  aux  nattes  nouées  sous  le 
menton.  Mais  sa  façade  opposée,  à  peu  près  nue,  n’est 
percée  que  de  cinq  fenêtres.  Quant  à  j  Trianon-sous- 

Bois,  relié  à  la 
Galerie  par  le 
Salon  des  Jar¬ 
dins  (où  reparaît 
exactement  le  dé¬ 
cor  adopté  pour 
les  ailes  prin¬ 
cipales),  c’est 
une  élégante  et 
sobre  construc¬ 
tion  ,  à  deux 
étages  de  fenêtres 
que  le  marbre 
n’encadre  pas. 
Un  charme  sin¬ 
gulier  lui  venait 
autrefois  du  voi¬ 
sinage  du  Bos¬ 
quet  des  Sources, 
détruit  en  1773. 
«  Les  Sources, 
écrivait  la  Pa¬ 
latine  au  mois 

de  la, i.e  o.ucbe  de  juüiet  J?o5> 

sont  un  petit 

bosquet  si  touffu  qu’en  plein  midi  le  soleil  n’y  pénètre 
pas.  Il  y  sort  de  terre  plus  de  cinquante  sources  qui 
font  de  petits  ruisselets  larges  d’un  pied  à  peine  et  que 

par  conséquent 
on  peut  tous 
enjamber;  ils  sont 
bordés  de  gazon 
et  forment  de 
petites  îles  suf¬ 
fisamment  larges 
pour  y  mettre 
une  table  et  des 
chaises,  de  façon 
à  pouvoir  y  jouer 
à  l’ombre...  De 
mon  côté ,  les 
arbres  entrent 
presque  dans 
mes  fenêtres; 
aussi  appelle-t-on 
les  corps  de  logis 
où  sont  la  prin¬ 
cesse  de  Conti, 
M.  le  Dauphin, 
moi  et  Mmc  la 
Duchesse,  Tria- 
non-sous-Bois.  » 
Si  Trianon-sous- 
Bois  date,  dans 

son  ensemble,  avec  ses  balcons  et  sa  rampe,  de  1688, 
il  a  reçu,  dix  ans  avant  la  mort  de  Louis  XIV,  au  milieu 
du  xvin®  siècle  et  sous  Louis-Philippe,  diverses  modifi¬ 
cations.  Les  mascarons  si  spirituels  sculptés,  aux  agrafes 


B  GAUCHE  (l6gil. 


V 


des  fenêtres  ont  été  faits  en  1703  par  Hardy,  Poirier, 
Lepaultre  et  Poultier,  dont  M.  Magnien  a  publié  le 
mémoire  conservé  aux  Archives  Nationales  O1,  1874,  et 
Comptes ,  tome  IV,  col.  iiôyi,  et  c’est  un  plaisir  de  voir, 
quand  on  les  compare  aux  mascarons  de  la  Galerie, 
combien  en  dix-huit  années  la  sculpture  française  s’est 
assouplie.  Les  mêmes  artistes  avaient  sculpté,  au-dessus 
des  fenêtres  cintrées  des  avant-corps,  des  trophées  «repré¬ 
sentant  chacune  des  quatre  saisons  »  et  des  tètes  coiffées 
d’un  diadème  et  «  ornées  de  fleurs,  bleds,  raisins,  pins 
et  houx».  Les  trophées  subsistent  encore,  mais  deux  des 
masques  des  Saisons  ont  disparu  :  celui  du  Printemps  a 
été  enlevé  en  1760  lorsque  Louis  XIV  fit  faire  un  entre¬ 
sol  au-dessus  de  la  Salle  de  Billard  et  diviser  en  deux 
fenêtres  rectangulaires  la  haute  fenêtre  cintrée.  Celui  de 
l’Hiver  a  été  remplacé 
sous  Louis-Philippe  par 
une  tète  d’angelot,  lourde 
et  vulgaire,  lorsque  la 
salle  de  Billard  fut  trans¬ 
formée  en  chapelle.  Enfin, 
les  combles  de  Trianon- 
sous-Bois  ont  été  suré¬ 
levés  et  terminés  en  angle 
aigu  assez  longtemps  après 
une  visite  de  Gabriel , 
dont  on  peut  lire,  aux 
Archives  Nationales 
(O1  1874),  le  procès-verbal 
daté  du  12  avril  1747. 

L’architecte ,  ayant  re¬ 
connu  qu’une  partie  des 
combles  du  palais  était 
en  mauvais  état,  fit  d’a¬ 
bord  faire  sur  le  péristyle 
un  modèle  de  toit  plus 
élevé  et  plus  en  pente, 
pour  faciliter  l’écoule¬ 
ment  des  eaux  de  pluie. 

Mais,  «  étant  descendu 
dans  le  jardin  pour  juger 
de  l’effet  de  cet  exhaus¬ 
sement  ,  nous  l’avons 
trouvé,  dit-il,  intéresser 
la  grâce  et  la  légèreté  de  ce  palais.  »  «  A  l’égard  de 
Trianon-sous- Bois,  ajoute  Gabriel,  une  nouvelle  cons¬ 
truction  plus  élevée  du  comble  ne  nuira  en  rien  a  la 
décoration,  parce  que  toute  cette  partie  est  entourée  de 
bois  et  qu’il  y  a  peu  de  recul.  »  On  voit  encore  aux 
Archives  (O1  1884)  les  dessins  exécutés  pour  ces  travaux; 
ils  portent  les  inscriptions  :  «Combles  à  refaire  en  1750. 
Remis  à  1757». 

APPARTEMENT  DE  L’AILE  GAUCHE 

Les  touristes  qui  visitent  actuellement  le  Grand 
Trianon  sont  d’abord  groupés  dans  un  vestibule  qui  n’a 
rien  de  royal,  au  fond  de  la  cour  d’honneur,  puis  entraî¬ 
nés  par  un  gardien  le  long  d’un"  triste  corridor  remanié 
sous  Louis-Philippe  et  qui  sert  de  dégagement  aux 


cabinets  de  l’appartement  de  l’aile  gauche.  Ils  arrivent 
ainsi  à  l’extrémité  méridionale  du  palais,  traversent  du 
Sud  au  Nord  les  cinq  pièces  de  l’aile  gauche,  le  péristyle, 
les  cinq  pièces  de  l’aile  droite,  reviennent  au  Sud,  sans 
s’en  douter,  à  travers  le  petit  appartement  en  façade  sur 
le  Jardin  du  Roi,  tournent  à  l’est,  sans  s’en  apercevoir, 
dans  le  corps  de  logis  qui  limite  la  cour  à  droite  et  se 
trouvent  de  nouveau  sur  le  pavé  de  la  cour,  étourdis 
plus  qu’éblouis,  la  tête  bourdonnante  de  vocables  évoca¬ 
teurs  du  Roi-Citoyen  autant  que  du  Grand  Roi,  l’imagi¬ 
nation  pleine  de  meubles  et  de  bibelots  qui  ne  sont  pas 
tous  de  très  bon  goût. 

Pour  rendre  cette  visite  plus  claire,  nous  entrerons 
par  le  péristyle  où  Louis  XIV  venait  lui-même  rece¬ 
voir  Jacques  II  et  la  reine  d’Angleterre  dans  l’après- 
midi  du  7  février  1689. 
Nous  verrons  ainsi  dans 
leur  ordre  logique  les 
pièces  qui  se  succèdent 
en  enfilade  dans  l’appar¬ 
tement  de  l’aile  gauche  : 
la  Salle  des  Princes  ou 
des  Seigneurs,  le  Salon 
de  la  Chapelle,  l’Anti¬ 
chambre  du  Roi,  la 
Chambre  du  Roi,  le  Ca¬ 
binet  des  Glaces. 

Ces  pièces,  éclairées 
par  douze  fenêtres  ou¬ 
vertes  sur  le  paysage  du 
parterre  et  du  parc,  oc¬ 
cupent  toute  la  hauteur 
du  bâtiment.  Du  côté 
opposé  aux  fenêtres  une 
cloison  les  sépare  de  ca¬ 
binets  au-dessus  desquels 
est  ménagé  un  entresol. 
Ce  que  pouvait  être  leur 
décoration  à  la  fin  de 
1688,  lorsque  Dangeau 
écrit  que  Trianon  est 
«  achevé  et  meublé  »,  il 
est  difficile  de  le  dire,  car 
nous  apprenons  par  les 
Comptes  et  par  une  série  de  dessins  conservés  aux 
Archives  Nationales,  qu’elles  furent,  trois  ans  après,  en 
1691  et  1692,  sous  le  nom  de  «  nouvel  appartement  », 
l’objet  d’importants  travaux.  C’est  de  cette  époque  que 
datent,  dans  leur  état  général  actuel,  la  salle  des  Sei¬ 
gneurs  et  le  Salon  de  la  Chapelle.  La  première  (sous 
Louis-Philippe  la  «  salle  des  Huissiers  »)  a  pour  tout 
ornement  des  panneaux  de  menuiserie  à  moulures  unies, 
une  cheminée  de  marbre  rouge,  une  corniche  fleurie  de 
lys  renversés,  et,  dans  la  voussure,  un  lourd  trophée 
de  plâtre.  Le  Salon  de  la  Chapelle  (sous  Louis-Philippe 
le  «  salon  de  la  Reine  »)  est  plus  richement  décoré  :  une 
guirlande  de  raisins  et  d’épis,  rappelant  le  pain  et  le 
vin  de  l’Eucharistie,  rampe  sous  la  corniche  ;  entre  les 
chapiteaux  composites  des  pilastres,  la  fumée  de  l’encens 
sort  de  cassolettes  accostées  de  palmes.  Si  l'on  en  juge 
par  un  plan  sur  parchemin  (au  Cabinet  des  Estampes , 


VI 


vol.  V  a.  370),  correspondant  à  une  notice  intitulée 
«  Logement  de  Trianon,  du  2  juin  1691  »  l’autel  fut 
d’abord  adossé  à  la  cloison  qui  sépare  le  salon  de  l’an¬ 
tichambre,  à  la  place  occupée  peu  après  par  une  cheminée 
de  marbre  rouge  du  Languedoc.  Mais  les  plans,  datés 
du  14  novembre  1691  (même  recueil  ,  nous  montrent  cet 
autel  placé  dans  une  sorte  d’alcôve,  en  face  de  la  fenêtre 
du  milieu,  c’est-à-dire  au-dessous  du  panneau  de  bois 
sculpté  qui  représente  un  globe  couronné  et  lieurdelysé 
entre  deux  rinceaux  de  feuilles  d’acanthe. 

Les  Comptes  (tome  III,  col.  679)  nomment  deux 
sculpteurs  qui  cherchèrent  dans  le  bois,  en  1692,  le 
modelé  de  ces  rinceaux,  de  ces  palmes,  de  ces  cassolettes 
fumantes  :  Briquet  et  Charmeton.  Quant  à  l’ornemaniste 
dont  ils  exécutèrent  les  compositions  et  qui,  sous  la 
direction  de  Man- 
sart,  dessina  tout 
ce  décor,  ce  n’est 
pas  Jean  Le 
Pautre,  comme 
l’a  cru  M.  Ma- 
gnien,  mais  son 
fils  Pierre. 

M .  Magnien 
bien  justement 
reconnu  le  salon 
de  la  Chapelle 
dans  une  gravure 
ancienne  accom¬ 
pagnée  de  la  lé¬ 
gende  «  Décora¬ 
tion  intérieure 
d’un  petit  Salon, 
inventez  par  Jean 
Lepautre,  archi¬ 
tecte  et  dessina¬ 
teur  des  bâti  - 
mentsdu  Roy.  A 
Paris,  rue  Dau¬ 
phine,  chez  Ant. 

Jombert 

été  induit  en 
erreur  par  cette  Projet  pour  la  Ciiambre  de  i 

légende  même . 

L’auteur  de  la  gravure  ne  peut  être  Jean  Le  Pautre, 
qui  mourut  en  1682,  cinq  ans  avant  les  fondations 
du  Grand  Trianon.  Mais  nous  savons,  par  les  Comptes 
des  Batiments ,  que  son  fils  Pierre  était  à  cette  époque 
«  employé  au  bureau  des  plans  et  dessins  de  la  surin¬ 
tendance  »  et  qu’il  recevra  en  cette  qualité,  à  partir 
de  1699,  un  appointement  de  2.000  livres.  «  Comme  il  se 
trouvait  avoir  assez  de  génie  pour  l’architecture,  dit 
Mariette  dans  son  Abecedario,  et  qu’il  possédait  bien 
toutes  les  parties  nécessaires  pour  la  bien  dessiner, 
Jules  Hardouin  Mansart,  surintendant  des  bâtiments, 
jeta  les  yeux  sur  luy,  fit  créer  en  sa  faveur  une  place  de 
dessinateur  et  graveur  des  bâtiments  du  Roy,  et,  en  cette 
qualité,  se  l’était  entièrement  attaché,  il  se  servit  souvent 
de  sa  main  pour  rédiger  et  mettre  au  net  ses  pensées. 
Ainsi  Pierre  Le  Pautre  eut  beaucoup  de  part  à  tous  les 
ouvrages  qui  se  firent  dans  la  suite  à  Versailles,  à 


Marly  et  dans  les  autres  maisons  royales,  tant  pour  ce 
qui  regarde  l’architecture  que  le  jardinage.  Il  en  rit 
presque  tous  les  dessins  ;  il  en  grava  mesme  plusieurs, 
car  ses  occupations  ne  l’empêchaient  pas  de  reprendre, 
de  temps  à  autre,  l’exercice  de  la  gravure.  » 

La  gravure  du  Salon  de  la  Chapelle  est  précisément 
une  de  celles  dont  parle  Mariette.  Mais  la  légende  qui 
l’accompagne  n’en  est  vraisemblablement  pas  contempo¬ 
raine.  Elle  a  été  sans  doute  ajoutée  au  bas  de  la  planche 
chez  l’éditeur  Antoine  Jombert  au  milieu  du  xviiP  siècle. 
En  1761  en  effet,  alors  que  les  décorateurs  français,  par 
réaction  contre  les  extravagances  de  la  rocaille,  com¬ 
mençaient  à  revenir  aux  modèles  du  temps  de  Louis  XIV. 
Jombert  publia  en  trois  volumes  un  recueil  des  œuvres 
de  Jean  Le  Pautre  dont  il  avait  recueilli  les  cuivres. 

Or,  dans  ce  re¬ 
cueil,  se  glis  - 
sèrent,  par  er¬ 
reur,  deux  suites 
de  six  planches 
qui  ne  sont  pas 
de  Jean,  mais  de 
Pierre  Le  Pautre. 
Elles  se  dis¬ 
tinguent  nette¬ 
ment  des  autres 
suites  par  une 
légèreté  ,  une 
grâce,  une  clarté 
plus  françaises . 
La  première 
(n°  44),  intitulée 
«  Portes  à  placard 
et  lambris  des¬ 
sinés  parle  sieur 
Mansard  et  nou¬ 
vellement  exé  - 
cutés  dans  quel¬ 
ques  maisons 
royales  »,  con¬ 
tient  trois  plan¬ 
ches  de  portes  et 
de  lambris  de 
Trianon,  qui 
disparurent  dans  les  remaniements  de  la  décoration  du 
palais.  La  gravure  du  Salon  de  la  Chapelle  et  une 
planche  où  l’on  reconnaît  le  cabinet  des  Glaces  font 
partie  de  la  seconde  (n'’Ü4)  intitulée  «  Décoration  intérieure 
d’un  petit  Salon  inventé  et  gravé  par  J.  Le  Pautre  ». 
Et  voici  pourquoi  j’insiste  sur  ces  détails  :  quand  nous 
voyons  dans  les  palais  du  xvne  et  du  xvme  siècle  tant 
de  belles  décorations  exécutées  sous  la  direction  d’un 
Mansard  ou  d’un  Gabriel,  nous  nous  demandons  parfois 
quelles  furent  dans  ces  chefs-d’œuvre  la  part  de  l’ar¬ 
chitecte  et  celle  du  sculpteur,  et  si  le  talent  de  dessina¬ 
teurs  obscurs,  intermédiaires  entre  le  directeur  de  tous 
les  travaux  et  le  praticien,  n’a  pas  contribué  pour  beau¬ 
coup  à  l’harmonie  dont  nos  yeux  sont  charmés.  Pierre 
Le  Pautre  fut  un  de  ces  intermédiaires  :  à  Trianon 
comme  à  Versailles,  il  a  «  mis  au  net  »  les  pensées  de 
Mansard.  Parmi  les  documents  conservés  aux  Archives, 


TABLE  DES  MATIERES 


Pl.  i.  Façade  sur  la  Cour  (1687-1688). 

Pl.  2.  —  —  Extrémité  de  l’aile  droite  et  fossé  (1687-1688). 

Pl.  3.  Façade  sur  le  Jardin  du  Roi  (1687-1688). 

Pl.  4.  Terrasses  a  l’extrémité  du  Canal  (1678-1679). 

Pl.  5.  Façade  sur  le  Jardin  (1687-1688). 

Pl.  6.  —  —  Extrémité  de  la  galerie  (1687-1688). 

Pl.  7,  8  et  9.  Trophées  retombant  sur  les  archivoltes  des  fenêtres,  sculptures  de  Nicolas  Coustou, 
Jean  Joly,  etc.  (1688). 

Pl.  10.  Trianon-sous-Bois.  Fin  du  xvne  siècle. 

Pl.  11.  —  Détails  de  deux  fenêtres  des  avant-corps  (1705). 

Pl.  12.  —  Mascarons.  1705.  Chapiteaux  des  pilastres,  vase  (1688). 

Pl.  i3.  Rampe  de  Trianon-sous-Bois,  par  Alexis  Fordrin  (1688),  et  Rampe  du  Salon  des  Jardins.  Milieu 
du  xviii®  siècle. 

Pl.  14.  Salon  des  Glaces.  Fin  du  xvii6  siècle. 

Pl.  i5.  —  Corniche  en  plâtre.  —  Encadrement  de  glace  en  bois  sculpté.  —  Détail  du 

chambranle  d’une  porte.  Fin  du  xvn®  siècle. 

Pl.  16.  —  Archivoltes.  Fin  du  xvne  siècle. 

Pl.  17.  Chambre  du  Roi  (dans  l’appartement  de  l'aile  gauche),  xvii8  et  xviii®  siècles.  (Balustrade  et  lit  du 
temps  de  Louis-Philippe)  . 

Pl.  18.  Salon  (ancienne  chapelle).  Fin  du  xvne  siècle. 

Pl.  19.  —  —  Frises  en  bois  sculpté  et  corniche.  Fin  du  xvii®  siècle. 

Pl.  20.  Péristyle  (1687-1688). 

Pl.  21.  Salon  rond.  Fin  du  xvne  siècle. 

Pl.  22.  —  Voussure  et  ébrasement  d’une  fenêtre.  Fin  du  xvii0  siècle. 

Pl.  23.  —  Entablement,  console  et  écoinçons  de  la  fin  du  xvne  siècle.  —  Dessus  de  porte 

convexe,  en  bois  sculpté,  du  milieu  du  xviii0  siècle. 

Pl.  24.  Salon  de  Musique.  Fin  du  xvii®  siècle. 

Pl.  25  et  26.  t—  Panneaux  en  bois  sculpté.  Fin  du  xvne  siècle. 

Pl.  27.  Cabinet  du  Couchant.  Fin  du  xvii0  siècle. 

Pl.  28.  —  —  Détails  de  la  Corniche.  Fin  du  xvne  siècle. 

Pl.  29.  Salon  Frais  (Aujourd’hui  Salon  des  Malachites).  Fin  du  xvne  siècle. 

Pl.  3o.  —  —  —  Dessus  de  porte.  Fin  du  xvne  siècle. 

Pl.  3i.  —  —  —  Corniche  en  plâtre  et  panneau  en  bois  sculpté. 

Fin  du  xvii®  siècle. 

Pl.  32.  —  —  —  Trumeau  et  dessus  de  glace  de  la  fin  du  xvii®  siè¬ 

cle.  Console  de  l’époque  de  Louis  XVI. 

Pl.  33.  Frise  du  Salon  Frais  (Salon  des  Malachites) 

et  Frise  de  la  Chambre  du  Roi.  Fin  du  xvne  siècle. 


Pl.  34.  Galerie.  Décoration  d’une  travée.  Bas-relief  par  Lespingola  (1689). 

Pl.  35.  Salon  des  Sources  (compris  dans  les  appartements  de  Napoléon  Ier).  Fin  du  xvii  siècle  et  pre 
mières  années  du  xvm®  siècle. 

pL.  36.  —  Détails  des  lambris  et  de  la  corniche.  Fin  du  xvne  siècle  et  premières 

années  du  xvme  siècle. 

Pl.  37.  Antichambre  du  Roi  (dans  l’appartement  de  l’aile  droite,  entre  la  cour  et  le  jardin  du  Roi). 

Corniches  et  chambranles  des  premières  années  du  xvne  siècle. 
pL.  38.  —  —  Cheminée  et  lambris  de  l’époque  de  Louis  XV.  Premières  années  du 

xvme  siècle  et  époque  de  Louis  XV. 

Pl.  3g.  —  —  Détails  de  la  corniche  et  d’un  chambranle.  Premières  années  du  xvm®  siècle. 

—  Rosace  et  panneaux  en  bois  sculpté.  Époque  de  Louis  XV. 

Pl.  40.  Chambre  du  Roi  (dans  l’appartement  de  l’aile  droite,  entre  la  cour  et  le  jardin  du  Roi)  1703, 
Modifiée  sous  Louis  XV  et  destinée  sous  Louis-Philippe  à  la  reine  Victoria. 
Pl.  41.  —  Corniche  et  dessus  de  porte.  Premières  années  du  xvm®  siècle.  —  Le  pilastre  à 

droite  est  de  l'époque  de  Louis  XV. 

Pl.  4iWs  et  4.1 ter.  Appartements  de  Trianon-sous-Bois.  Dessus  de  glace.  Premières  années  du  xvm®  siècle. 
Pl.  42.  Table  de  marbre  blanc  (placée  dans  le  péristyle  et  provenant  du  jardin  du  Petit  Trianon). 
Milieu  du  xvm®  siècle. 

Pl.  43.  Table  en  bois  sculpté  et  doré.  Époque  de  Louis  XIV. 

Pl.  44.  Console  en  bois  sculpté  et  doré.  Milieu  du  xvm®  siècle. 

Pl.  45.  —  —  —  garnie  au  xix®  siècle  de  malachite  (Salon  des  Malachites). 

Époque  de  Louis  XVI. 

Pl.  46.  Cheminée  (dans  le  Salon  des  Glaces).  Époque  de  Louis  XVI. 

Pl.  47.  Chaise,  Fauteuil  et  Canapé,  de  l’époque  de  l’Empire,  recouverts  d’une  tapisserie  de  Beauvais 

de  l'époque  de  Louis  XVI. 

Pl.  48  et  49.  Tapisserie  de  siège  tissée  a  Beauvais.  Époque  de  Louis  XVI. 

Pl.  5o.  Commode  en  bois  d’acajou.  Époque  de  l’Empire;  ornée  de  cuivres  ciselés  et  dorés  de  l’époque 

de  Louis  XVI  (voir  pl.  5i)  et  de  l’époque  de  l’Empire. 

Pl.  5i.  Frises  et  Appliques  de  meuble  en  cuivre  ciselé  et  doré.  Époque  de  Louis  XVI. 

Pl.  52.  Commode  et  Lit  en  bois  d’orme  ornés  de  cuivres  ciselés  et  dorés.  Époque  de  l’Empire. 

Pl.  53.  Commode  ornée  de  cuivres  ciselés  et  dorés.  Époque  de  l’Empire. 

Pl.  54.  Guéridons  en  bois,  bronze  et  marbre.  Époque  de  l’Empire. 

Pi,.  55.  Torchères  en  bronze  doré,  par  Thomire  (1811). 

Pl.  56  et  57.  Table  en  marbre  et  en  bronze.  Époque  de  l’Empire. 

Pl.  58  et  59.  Fauteuil  et  Chaise.  Époque  de  l’Empire. 

Pl.  60.  Candélabres  en  marbre  et  en  bronze.  Époque  de  l’Empire. 


PLAN  ORIGINAL  DE  TRIANON 


VII 


on  peut  voir  des  projets  pour  le  Salon  de  la  Chapelle  et 
pour  le  Cabinet  des  Glaces  qui  ressemblent  beaucoup  à 
ceux  qu’il  a  gravés  :  il  en  est  sans  doute  l’auteur. 
D’autres  projets, 
réunis  dans  le 
même  lot  (nous 
en  reproduisons 
plusieurs  ici)  sont 
peut-être  aussi  de 
la  main  de  cet 
habile  artistequi, 
moins  fécond  que 
son  père ,  mais 
d’un  goût  plus 
sobre  et  plus  pur, 
fut  avec  Bérain, 

Daniel  Marot  et 
Audran,  un  des 
agents  de  l’évo  - 
lution  de  notre 
art  décoratif, 
dans  les  dernières 
années  du  règne 
de  Louis  XIV. 

Quelques  - 
uns  de  ces  dessins 
représentent 

l’antichambre  et  Pr0“t  "•*  “  c““"“  “  L'' 

la  chambre  de 

l’aile  gauche  telles  qu’elles  devaient  être  après  les  travaux 
de  1691  et  1692.  Les  embellissements  entrepris  en  1700 
et  en  1703  les  ont  a  ce  point  transformées  qu’on  a  peine 
à  les  reconnaître. 

Ces  deux  pièces, 
qui  avaient  servi 
à  l’origine  à  v  r 
dresser  et  à  serrer 
le  fruit  (voir  O 
et  P  sur  le  plan  (^j 

que  nous  pu¬ 
blions),  étaient, 
avant  1700, sépa¬ 
rées  par  un  mur 
de  refend  nette¬ 
ment  indiqué  sur 
les  plans  origi¬ 
naux  de  1691  et 
du  28  avril  1694 
(  Estampes ,  Va 
370).  Chacune 
avait  une  cor¬ 
niche  différente  : 
coquilles  et  fleu¬ 
rons  dans  l’anti¬ 
chambre,  tro¬ 
phées  séparés  par 
des  Consoles  dans  Projet  pour  la  Chambre  de  l'a 

la  chambre.  Elles 

étaient  ornées  de  compartiments  de  menuiserie  rectan¬ 
gulaires  sculptés  par  Legrand  et  Bellan,  Lalande  et 
Chauveau,  et  chacune  de  deux  miroirs  dont  Goupil  et 


Taupin  avaient  fait  les  bordures  ( Comptes  III,  col.  679,). 
La  chambre  n’avait  pas  d’alcôve;  en  face  de  la  fenêtre 
du  milieu  s’avançait  un  lit  à  panaches  et  à  lambrequins 
dont  le  haut 
dossier  portait  le 
chiffre  royal. 
C’est  là  que 
Louis  XIV  vint 
coucher  pour  la 
première  fois  le 
20  avril  ifSgq. 
Mais  il  ne  reste 
guère  de  ce  temps 
que  les  cham¬ 
branles  des  por¬ 
tes  .  En  1 700 , 
grande  transfor¬ 
mation  :  Louis 
XIV  fit  agrandir 
sa  chambre  aux 
dépens  des  ar¬ 
rière-cabinets  par 
une  profonde 
alcôve  que  fer¬ 
mait  une  balus¬ 
trade,  œuvre  de 
Lespingola, 

1 Comptes  IV ,  col. 
5g  1)  et  abattre 

le  mur  de  l'efend  qui  séparait  la  chambre  de  l’anti¬ 
chambre.  A  la  place  du  mur  s’élevèrent  deux  colonnes 
corinthiennes  réunies  par  une  balustrade  et  posées  sui¬ 
des  socles  carrés 
ornés  de  trophées 
de  musique  et  de 
soleils.  Des  pi¬ 
lastres  achevè¬ 
rent  de  donner 
aux  deux  pièces 
plus  de  richesse  ; 
des  miroirs  rec¬ 
tangulaires  sur¬ 
montés  d'ovales 
en  bois  sculpté , 
comme  dans  le 
cabinet  du  Cou¬ 
chant  (alors  oc¬ 
cupé  par  la 
duchesse  de 
Bourgogne)  or  - 
nèrent  les  deux 
trumeaux;  enfin 
les  corniches 
furent  refaites , 
dans  les  deux 
pièces  sur  le 
même  modèle  : 
trophées  de  flè¬ 
ches,  d’arcs  et  de  brandons,  alternant  avec  des  consoles 
à  masques  de  femmes.  On  peut  voir  tout  le  détail  de  ces 
travaux  dans  une  page  du  registre  «  où  sont  écrits  par 


5  1691). 


VIII 


dates  les  ordres  que  le  Roy  a  donnés  h  Monsieur  Man- 
sart...  »  (Arch.  Nat .,  O1  1809),  publiée  par  M.  Magnien. 
Trois  ans  plus  tard,  Louis  XIV  cède  sa  chambre  au 
Dauphin  :  Elle  est  alors  séparée  de  nouveau  de  l’anti¬ 
chambre  par  une  cloison  qui  coupe  visiblement  en  deux 
parties  la  poutre  du  plafond,  les  pilastres  et  les  colonnes. 
Aux  deux  faces  de  cette  cloison  et  sur  les  cheminées  sont 
posés  des  miroirs  cintrés  dans  un  cadre  d’entrelacs  et  de 
quadrillages  a  rosettes  et  les  miroirs  de  la  chambre 
reçoivent  pour  couronnements  deux  chefs-d’œuvre  de 
grâce  et  de  fantaisie,  deux  masques  souriants,  parents 
des  mascarons  de  Trianon-sous-Bois  et  de  celui  que 
nous  verrons  dans  la  dernière  chambre  du  Roi  :  accostés 
de  rinceaux  à  jour,  coiffés  de  feuilles  d’achante,  ils  ont 
des  sortes  d’ailes  pour  collerettes  et  des  chapelets  de 
culots  pour  pendants  d’oreilles.  Pour  résumer  cette  his¬ 
toire  assez  confuse,  le  plan  général  et  les  voûtes  de  la 
chambre  et  de  l’antichambre  datent  de  1688;  les  cham¬ 
branles  ornés  de  coquilles  sont  le  seul  souvenir  des  tra¬ 
vaux  de  1691  et  1692;  l’alcôve,  les  colonnes  et  les  pilastres 
corinthiens,  les  trumeaux  entre  les  fenêtres,  les  corniches 
(moulées  peut-être  sur  un  modèle  de  1692  resté  en  place) 
datent  de  1700;  les  miroirs  et  leurs  encadrements  de 
quadrillages,  motif  où  s’annonce  déjà  l’art  de  la  Régence, 
ont  été  sculptés  en  1703.  Mais  là  ne  s’arrêtent  pas  les 
transformations  de  ces  pièces.  Les  cheminées,  très  simples, 
semblent  être  contemporaines  de  Louis  XV;  une  balus¬ 
trade  du  xixe  siècle  a  remplacé  la  balustrade  de  1700;  un 
lit  au  chiffre  de  Louis-Philippe  a  remplacé  dans  l’alcôve 
le  lit  de  Louis  XIV  et  toutes  les  dorures  qui  brillaient 
autrefois  délicatement  aux  reliefs  du  bois  sculpté  ont, 
comme  dans  toutes  les  autres  salles,  disparu  sous  une 
couche  de  peinture  à  la  colle  d’un  gris  bleuté. 

Beaucoup  plus  homogène  est  le  Cabinet  des  Glaces. 
Sauf  une  fort  belle  cheminée  de  l’époque  de  Louis  XVI, 
en  marbre  rouge  avec  appliques  de  cuivre  ciselé  et  doré, 
il  semble  dater  tout  entier  de  1688  et  1689.  Mansart 
avait-il  voulu  rappeler  ici  les  splendeurs  de  la  Galerie  de 
Versailles  achevée  quatre  ans  plus  tôt?  Mais,  au  Cabinet 
des  Glaces,  ni  peintures  ni  marbres  de  diverses  couleurs. 
Une  corniche  où  des  enfants  représentent  les  arts  de  la 
guerre  et  de  la  paix,  des  miroirs  tantôt  rectangulaires  et 
montant  jusqu’à  la  corniche,  tantôt  cintrés  et  couronnés 
de  mascarons  et  de  guirlandes  en  forment  tout  l’orne¬ 
ment.  Nous  ne  connaissons  pas  les  artistes  qui 
sculptèrent  dans  le  bois  ces  chambranles,  autrefois 
rehaussés  d’or,  ces  masques  de  femme  où  le  sourire  du 
xvme  siècle  n’a  pas  encore  creusé  ses  ondes,  ces  fleurs 
d’une  merveilleuse  variété.  Il  faudrait  chercher  leurs 
noms  parmi  ceux  des  sculpteurs  inscrits  dans  les  Comptes, 
en  1689,  pour  leurs  travaux  dans  «  les  appartements  de 
Trianon  »  :  Guyot,  F.sloy,  Gauthier,  Havard,  Légeret, 
Lange,  Legrand,  Mathée,  Régnier,  Taupin,  Vinlaine, 
Charmeton,  Briquet,  Pineau,  Bellan,  Corneille  Van 
Clève...  Le  Cabinet  des  Glaces  termine  au  Sud  les 
appartements  de  l’aile  gauche.  Trois  de  ses  fenêtres 
s’ouvrent  sur  un  balcon  en  fer  forgé,  dont  François 
Boutet  reçut  le  22  mai  1689  le  parfait  paiement.  Deux 
autres  s’ouvrent  sur  le  parterre  où  descendent  quelques 
marches  bordées  par  une  belle  rampe  qui  porte  les  carac¬ 
tères  de  l’art  du  milieu  du  xvme  siècle  et  peut-être  l’œuvre 


d’un  des  Gamain,  auteurs  de  presque  toute  la  ferronne¬ 
rie  des  Trianons  au  temps  de  Jacques-Ange  Gabriel. 
Deux  rampes  de  même  dessin  sont  scellées  sur  l’escalier 
du  Salon  des  Jardins,  à  l’extrémité  de  la  Galerie. 

APPARTEMENTS  DE  L’AILE  DROITE 

Si,  revenus  au  péristyle,  nous  passons  maintenant 
dans  l’aile  droite,  nous  rencontrerons  successivement  du 
côté  du  parc,  le  Salon  Rond,  le  Salon  de  Musique, 
l’Antichambre  des  Jeux  et  la  Chambre  du  Sommeil  (réu¬ 
nies  sous  Louis-Philippe  en  une  seule  pièce),  le  Cabinet 
du  Couchant,  puis,  dans  le  prolongement  de  la  Galerie, 
le  Salon  frais  et  le  Salon  des  Sources.  Louis  XIV  s’était 
réservé  cet  appartement  dès  la  construction  du  palais  ; 
mais  il  n’y  coucha  jamais,  et,  en  1699,  il  le  céda  à  la 
jeune  duchesse  de  Bourgogne.  On  remarquera  qu’au  lieu 
d’être  adossées  à  des  cabinets  comme  le  sont  celles  de 
l’aile  gauche,  les  cinq  premières  de  ces  salles  sont  sépa¬ 
rées  par  un  mur  de  refend  d’une  suite  de  pièces  étroites 
et  basses  qui  formèrent  sous  Louis  XIV  l’appartement 
de  M"‘e  de  Maintenon.  Au-dessus  de  ce  petit  apparte¬ 
ment,  en  façade  sur  le  Jardin  du  Roi,  est  ménagé  un 
entresol  ;  mais,  comme  il  arrive  souvent  dans  l’architec¬ 
ture  classique,  c’est  un  entresol  «  honteux  »  qu’aucune 
division  apparente  ne  révèle  du  dehors. 

Pour  nous  guider  au  milieu  des  transformations  des 
salons  et  des  chambres  de  l’aile  gauche,  nous  avions  eu 
le  secours  de  textes  et  de  dessins  assez  nombreux.  Ici,  ce 
secours  nous  manque  ;  nous  devrons  le  plus  souvent 
donner  une  date  approximative  aux  différentes  parties  de 
la  décoration,  d’après  leur  style  et  par  comparaison. 

Le  Salon  Rond  ou  des  Colonnes,  d’un  plan  si  origi¬ 
nal,  semble  dater  dans  l’ensemble  des  premiers  travaux 
de  décoration  intérieure  du  palais,  c’est-à-dire  de  1688. 
De  cette  époque  seraient  ses  colonnes  corinthiennes,  sa 
corniche,  sa  frise,  où  des  palmes  et  des  rameaux  al¬ 
ternent  avec  des  trophées  et  des  insignes  de  la  royauté, 
les  chambranles  des  portes  et  des  fenêtres,  les  voussures 
des  niches  et  les  ornements  de  stuc  —  trophées,  guir¬ 
landes  et  consoles  à  masques  de  femmes  — -  qui  rem¬ 
plissent  l’espace  entre  leur  arc  surbaissé  et  l’architrave. 
Mais  le  Salon  a  été  sous  Louis  XV  l’objet  de  transfor¬ 
mations  dont  les  plans,  datés  de  1760,  sont  conservés  aux 
Archives  (O1,  1884)  et  portent  les  inscriptions  :  «  Projet 
pour  le  nouveau  cabinet  de  compagnie  du  Roi,  chapelle, 
etc...  »  ou  «  Plan  d’une  partie  du  salon  pour  y  mettre  la 
chapelle  et  du  nouveau  cabinet  de  compagnie  ».  Aux 
quatre  angles  du  carré  où  le  Salon  Rond  est  inscrit, 
Mansart  avait  creusé  de  larges  niches  où  s’ouvraient,  du 
côté  du  parc,  des  portes  et  des  fenêtres,  du  côté  opposé 
des  portes.  Gabriel  conserva  les  deux  premières,  mais  il 
ferma  les  deux  secondes  par  des  tambours,  de  façon  à 
former  deux  cabinets  à  peu  près  ovales  :  du  cabinet  de 
droite  il  fit  une  petite  chapelle  ;  dans  celui  de  gauche  il 
construisit  un  escalier.  Sur  les  deux  dômes  qui  couvrent 
les  tambours  s’étalent  des  cartels  encadrés  de  rocailles, 
des  palmes  retombent,  des  feuilles  rampent.  Ces  orne¬ 
ments  larges  et  souples,  encore  un  peu  ronflants,  ont  été 
peut-être  exécutés  dans  l’atelier  de  Rousseau,  de  qui  il 


IX 


est  dit  expressément  dans  les  Comptes  (O1,  2202)  qu’il 
travailla  «  au  palais  de  Trianon  »  en  même  temps  qu’au 
château  de  Versailles  et  à  la  nouvelle  Ménagerie  de  174g 
à  1752.  L’exécution  en  est  fort  belle,  mais  ils  accrochent 
la  poussière  et  ne  s’accordent  ni  par  l’échelle  ni  par  le 
style  avec  le  reste  de  la  décoration. 

Un  document  intitulé  :  «  Mesures  de  la  hauteur  des 
appartements  de  Trianon  »  ( Archives  O1,  1884)  nous  ap¬ 
prend  que  le  Salon  de  Musique  servit,  sous  Louis  XIV,  de 
salle  à  manger.  Cette  pièce  devint,  sous  Louis-Philippe,  la 
salle  de  billard.  Elle  donne  aujourdhui  une  impression 
de  délabrement.  Contrairement  â  ce  que  nous  avons  vu 
jusqu’ici,  les  sculptures  n’v  sont  pas  taillées  en  plein 
bois,  mais  rapportées  sur  le  fond.  Furent-elles  toujours 
à  cette  place  ?...  En  tout  cas,  ces  couronnes  formant 
dessus  de  portes,  ces  enfants  assis  à  côté  de  vases  d’où 
s’échappent  des  flammes,  ces  guirlandes  et  ces  cornes 
d’abondance  d’où  sortent  des  fleurs  d’un  travail  assez 
grossier,  toutes  ces  sculptures  un  peu  lourdes  semblent 
être,  à  Trianon,  parmi  les 
plus  anciennes. 

L’antichambre  des  J  eux 
et  la  Chambre  du  Sommeil 
(où  le  plan  de  1691  indique 
un  lit)  devinrent  en  1699 
la  première  et  la  seconde 
antichambre  de  la  duchesse 
de  Bourgogne.  Mais  depuis 
que  Louis-Philippe  les  a 
réunies  en  une  seule  pièce 
autour  de  laquelle  court  une 
frise  où  des  enfants  portent 
tantôt  le  chiffre  L.  P.  et 
tantôt  des  fleurs  de  lys,  il 
n’y  reste  aucun  souvenir  de 
la  décoration  du  xvn8  siècle. 

C’est  peut-être  de  ces  deux 
antichambres — numérotées 
9  et  10  sur  les  plans  de 
1691  et  1694  —  qu’il  est  question  dans  un  fragment  de 
mémoire  publié  par  M.  Magnien  :  «  Mémoire  de  deux 
trumeaux  de  sculpture  en  bois  pour  le  service  du  Roy  en 
son  château  de  Trianon  dans  les  chambres  g  et  10,  de 
l’ordre  et  suivant  les  desseins  de  M*r  le  surintendant ...,  par 
Le  Goupil,  sculpteur  ;  livré  au  mois  d’avril  16 gg...  (. Ar¬ 
chives ,  O1,  18741.  Le  Goupil  avait  sculpté  des  ovales  de 
même  grandeur,  surmontées  de  palmettes.  Mais  puisqu’il 
est  dit  dans  son  mémoire  que  ces  ovales  ornaient  des 
Trumeaux ,  elles  étaient  sans  doute  placées  non  sur 
chaque  face  de  la  cloison  qui  séparait  les  deux  pièces, 
mais,  comme  on  le  voit  dans  d’autres  salles,  au-dessous 
de  la  corniche,  entre  les  fenêtres. 

«  Le  Roi,  écrit  Dangeau  le  8  juillet  1699,  alla  se 
promener  à  Trianon  et  voir  si  tout  est  prêt  dans  l’ap¬ 
partement  qu’il  destine  à  Madame  la  duchesse  de  Bour¬ 
gogne,  qui  n’y  a  encore  jamais  couché.  Il  n’y  a  rien  de 
changé  aux  appartements  du  Roi,  de  Monseigneur  et  des 
princesses.  Madame  la  duchesse  de  Bourgogne  sera  dans 
la  chambre  au  bout  du  grand  appartement  à  droite.  » 
M.  Magnien  fait  justement  remarquer  que  cette  chambre 
ne  pouvait  pas  être,  comme  l’a  cru  Soulié,  le  Salon 


Frais,  absolument  inhabitable.  C’était,  —  nous  en  avons 
la  preuve  dans  l’échelle  des  hauteurs  des  appartements 
dont  j’ai  parlé  plus  haut,  —  le  Cabinet  du  Couchant.  Sa 
corniche  et  ses  chambranles  datent  probablement  de  1688. 
Dans  le  trumeau,  au-dessus  du  miroir,  on  voit  encore  la 
place  vide  et  la  trace  de  l’ovale  qui  avait  servi  de  modèle 
en  1700  à  celles  de  la  chambre  et  de  l’antichambre  de 
l’aile  gauche. 

Nous  arrivons  maintenant  aux  deux  salles  qui  pro¬ 
longent  à  l’est  la  Galerie  et  dont  les  fenêtres  s’ouvrent, 
non  sur  le  parc,  mais  sur  les  Sources  :  le  Salon  Frais  et 
le  Salon  des  Sources.  Le  premier,  —  désigné  aujour¬ 
d’hui,  à  cause  de  ses  Meubles,  sous  le  nom  de  Salon 
des  Malachites,  —  est,  avec  le  Cabinet  des  Glaces,  une 
des  pièces  de  Trianon  qui  ont  le  mieux  conservé  leur 
décoration  ancienne  et  une  de  celles  où  Mansart  a 
réservé  ses  plus  riches  compositions.  Ses  portes  cou¬ 
ronnées  de  cassolettes  ou  de  médaillons  sur  lesquels 
retombent  des  guirlandes  opulentes,  son  trumeau  que 
domine  une  coquille  simple 
et  assez  réaliste,  peuvent 
être  comptés  parmi  les  beaux 
spécimens  de  l’art  français 
quelque  dix  ans  avant  la 
fin  du  xviie  siècle.  Au 
contraire,  dans  le  Salon  des 
Sources,  première  pièce 
des  appartements  de  M,,,e  de 
Maintenon,  plus  de  fleurs 
vraies  (sauf  les  lys  et  le 
lierre  de  la  corniche),  plus 
de  vases  d’un  large  dessin. 
Le  motif  qui  surmonte 
l’ovale  du  trumeau  n’est  pas 
une  coquille  vue  dans  la 
nature,  mais  une  palmette 
de  fantaisie  ;  les  panneaux 
des  boiseries  s’ornent  de 
moulures  fines,  de  rosaces 
compliquées,  de  feuilles  légères  vaguement  dérivées  de 
l’acanthe:  c’est  déjà  le  style  des  premières  années  duxvin* 
siècle.  Or,  nous  savons  par  une  page  du  registre  des  ordres 
du  Roi  publiée  par  M.  Magnien  que  l’appartement  de 
Mme  de  Maintenon  fut  modifié  en  1700  et  en  1701  et  que 
le  Salon  des  Sources  reçut  alors  une  cheminée  de  brèche 
violette.  C’est  vraisemblablement  à  cette  époque  ou  peu 
après  que  furent  sculptées  ces  boiseries  d’un  goût  nou¬ 
veau.  Il  y  eut  encore  quelques  travaux  de  sculpture  sur 
bois  douze  ans  plus  tard  :  en  1713,  Lemoine  reçut 
3.i  5q  livres  10  sols  pour  ses  ouvrages  «  au  sallon  de 
l’appartement  de  M"10  de  Maintenon  ».  (Comptes  V ,  675). 
Mais  où  sont-ils?  Une  partie  des  lambris  semble  avoir 
été  arrachée  au  xix°  siècle  et  je  doute  que  les  beaux  pan¬ 
neaux  à  rosaces  posés  en  long  sur  la  cimaise  y  soient  à 
leur  place  première  :  leurs  moulures  ne  correspondent 
pas  à  celles  des  pilastres  voisines. 

Après  le  Salon  des  Sources,  l’appartement  de  M"‘e  de 
Maintenon  comprenait  trois  petites  pièces  basses  sur  le 
Jardin  du  Roi  :  chambre  à  deux  fenêtres,  petit  cabinet  à 
une  fenêtre,  grand  cabinet  à  deux  fenêtres.  Au  delà,  un 
escalier  conduisait  à  l’entresol  et  le  Buffet  communiquait 


avec  le  Salon  de  Musique,  qui  servait  de  Salle  à  Manger. 
En  1701,  le  déplacement  d’une  cloison  donna  aux  cabi¬ 
nets  de  MmC  de  Maintenon  une  disposition  différente  : 
Cabinet  du  Levant  (deux  fenêtres),  chambre  deux  fenê¬ 
tres),  petit  cabinet  (une  fenêtre).  En  même  temps,  leur 
décoration  fut  renouvelée  avec  luxe.  Mais  ils  subirent 
sous  Louis  XV  et  à  l’époque  du  Premier  Empire  de 
telles  transformations  que  rien  n’y  rappelle  aujourd’hui 
le  temps  du  Grand  Roi,  sauf  quelques  chambranles  de 
portes.  Napoléon  1"  forma  au  Salon  des  Sources  une 
bibliothèque  choisie;  il  eut  un  salon  dans  l’ancien 
Cabinet  du  Levant,  un  cabinet  de  travail  à  la  place  de 
la  chambre  de  M",c  de  Maintenon,  une  salle  de  bains 
dans  le  petit  cabinet,  une  chambre  (où  l’on  voit  encore 
quelques  boiseries  du  milieu  du  xvni®  siècle,  très  emp⬠
tées),  et  un  dernier  salon,  le  Salon  Jaune,  en  partie  sur 
l’emplacement  de  l’ancien  escalier,  en  partie  sur  celui  du 
Buffet. 

CORPS  DE  LOGIS  ENTRE  LA  COUR 
ET  LE  JARDIN  DU  ROI 
GALERIE  —  TRIANON-SOUS-BOIS 

En  quittant  le  Salon  jaune,  le  visiteur  tourne  a 
gauche,  dans  le  corps  de  logis  construit  entre  le  jardin 
du  roi  et  la  cour  et  traverse,  d’abord  un  vestibule  sans 
intérêt,  puis  une  antichambre  et  une  chambre  où  se 
mêlent  les  souvenirs  de  Louis  XIV,  de  Louis  XV  et  de 
Louis-Philippe.  Ce  dernier  appartement  ne  devint  ce 
qu’il  est  aujourd’hui  qü’après  des  transformations  succes¬ 
sives  dont  l’histoire  est  assez  confuse.  Tout  d’abord 
Louis  XIV  avait  eu  là  une  salle  de  spectacle.  Elle  occu¬ 
pait  toute  la  largeur  du  bâtiment;  on  y  entrait  par  la 
porte  ouverte  au  fond  du  Salon  rond  et  au-dessus  de  cette 
porte  s’avançait  une  tribune.  C’est  dans  cette  salle  que 
fut  représenté  le  7  février  1689  le  «  Palais  de  Flore  » 
ballet  qui  célébrait  les  beautés  de  Trianon.  «  Le  roi  et 
la  reine  d’Angleterre  le  virent  de  la  tribune  »,  écrit 
Dangeau.  Et  Saint-Simon  nous  apprend  qu’on  accédait 
à  la  tribune  par  l’escalier  qui  montait  à  l’entresol  et  en 
passant  par-dessus  la  salle  du  Buffet.  Le  mardi  17  dé¬ 
cembre  1697,  l°rs  des  fêtes  données  à  l’occasion  du 
mariage  du  duc  de  Bourgogne,  «  toute  la  cour,  écrit-il, 
alla  sur  les  quatre  heures  à  Trianon,  où  l’on  joua  jus¬ 
qu’à  l’arrivée  du  roi  et  de  la  reine  d’Angleterre.  Le  roi 
les  mena  à  une  tribune  où  on  montait  sur  la  salle  de 
comédie  de  chez  M'"°  de  Maintenon  qui  y  monta  aussi, 
avec  Mer  et  M,no  la  duchesse  de  Bourgogne,  ses  dames  et 
celles  de  la  Reine.  Monseigneur,  Monsieur,  Madame  et 
tout  le  reste  de  la  cour  était  au  bas  dans  la  salle...  » 

Mais  quand  il  eut  donné  les  belles  pièces  de  l’aile 
droite  à  la  duchesse  de  Bourgogne  et  celles  de  l’aile 
gauche  au  Dauphin,  Louis  XIV  sacrifia  la  comédie  pour 
avoir  à  la  place  un  nouvel  appartement,  La  destruction 
de  la  salle  de  spectacle  semble  accomplie  dès  1700, 
puisque  Dangeau  écrit  le  10  mars  de  cette  année  que  le 
Roi  «  se  fait  accommoder  un  appartement  nouveau  du 
côté  ou  était  la  salle  des  comédies  ».  D’autre  part,  on 
lit  dans  un  mémoire  de  travaux  exécutés  de  juillet  à 


septembre  1700  qu’un  nommé  Bourgault  peignit  le 
«  plafond  de  la  salle  de  comédie,  à  présent  appartement 
de  Mgr  le  duc  de  Bourgogne  ».  (. Arch .  Nat.  O1,  1884.) 
Mais  soit  que  les  travaux  aient  duré  longtemps,  soit 
qu’ils  aient  été  interrompus,  Dangeau  écrit  de  nouveau, 
le  8  mai  1703  que  Louis  XIV  «  fait  faire  un  appartement 
nouveau  pour  lui,  sur  l’endroit  où  était  la  comédie  »,  et 
le  16  juin  qu’il' y  loge. 

Cet  appartement  (dont  on  peut  voir  un  plan  original 
aux  Archives  :  «  Projet  pour  Trianon  du  4  mai  1703, 
carton  O,  1884)  commençait  par  une  grande  antichambre 
éclairée  par  trois  fenêtres  sur  la  cour  et  deux  sur  le  jar¬ 
din;  elle  occupait  toute  la  largeur  du  bâtiment  et  com¬ 
muniquait  directement  avec  le  Salon  rond.  Louis  XV  la 
rendit  plus  petite  en  la  séparant  du  salon  rond  par  un 
vestibule  et  de  la  cour  par  un  corridor.  Elle  ne  reçoit 
donc  plus  de  lumière  aujourd’hui  que  du  côté  du  jardin. 
Sa  corniche,  ornée  de  trophées  d’armes  ou  d’instruments 
de  musique  entre  des  consoles  groupées  deux  à  deux,  ses 
chambranles  à  palmettes,  joncs  coudés  et  fleurons,  le 
cadre  ovale  de  son  Trumeau  surmonté  d’une  coquille  et 
celui  qui  lui  fait  face  datent  du  temps  de  Louis  XIV. 
Ses  panneaux  nus,  simplement  encadrés  de  faisceaux  de 
baguettes  où  s’enroulent  les  spirales  de  légers  feuillages 
et  sa  grande  porte  cintrée  ont  été  posés  au  milieu  du 
xvme  siècle.  Enfin,  Louis-Philippe  fit  masquer  mala¬ 
droitement  les  cintres  des  deux  fenêtres  par  des  lambre¬ 
quins  d’un  style  Louis  XV  assez  grossier. 

Après  l’antichambre,  le  dernier  appartement  de 
Louis  XIV  comprenait  trois,  pièces  :  les  deux  premières 
éclairées  du  côté  du  jardin,  la  troisième  en  façade  sur 
le  jardin  et  sur  le  fossé.  C’étaient  une  chambre  à 
deux  fenêtres,  adossée  du  côté  de  la  cour  à  un  étroit 
corridor,  un  cabinet  à  une  fenêtre,  adossé  du  côté  de 
la  cour  à  l’escalier  qui  conduisait  à  l’entresol  de  l’indis¬ 
pensable  M.  Fagon,  médecin  du  roi,  enfin  le  cabinet 
du  Conseil,  pièce  carrée  adossée  elle-même  du  côté  de 
la  cour  à  deux  cabinets  de  dégagement. 

Du  cabinet  du  Conseil,  morcelé  sous  Louis-Philippe, 
il  ne  reste  rien.  Quant  à  la  chambre  du  Roi,  Gabriel 
l’agrandit  au  milieu  du  xvm"  siècle  de  toute  la  place 
occupée  jusqu’alors  par  le  cabinet  du  Roi  et  l’escalier 
de  M.  fagon:  il  supprima  la  cloison  qui  la  séparait  du 
cabinet  et  fit  un  nouvel  escalier  un  peu  plus  loin  dans 
un  des  cabinets  de  dégagement  du  Cabinet  du  Conseil. 
On  peut  voir  ce  changement  accompli  dans  un  plan 
original  de  1755  (Archives  Nationales,  O1  1884V.  La  cor¬ 
niche  de  la  chambre,  complétée  dans  son  dessin  primitif 
lors  de  ces  travaux,  date  donc  du  temps  de  Louis  XIV. 
De  toutes  les  corniches  si  intéressantes  de  Trianon,  c’est 
celle  qui  annonce  le  plus  l’art  de  la  Régence.  Des  masca- 
rons  encadrés  de  légères  arabesques  dans  le  goût  de 
Bérain  y  alternent  avec  des  enfants  assis  sur  des  palmes 
et  portant  dans  un  médaillon  les  trois  lis  de  France. 
C  est  peut-être  de  ce  joli  décor  et  de  la  corniche  de 
1  antichambre  qu’il  est  question  dans  un  article  des 
Comptes  (V.  col.  494)  où  l’on  voit  que  Van-Clève, 
Magnier,  Poirier,  Coustou  le  Jeune,  La  Pierre  et 
Le  Moyne  reçurent,  en  1711,  920  livres  pour  les 
ouvrages  laits  par  eux  en  170Ü  «  aux  corniches  de  la 
chambre  du  Roy  à  I  rianon  ».  Les  chambranles  et  les 


XI 


dessus  de  portes  dont  les  bordures  ovales  encadrent  des 
Heurs  peintes  par  Blain  de  Fontenay  et  Monnoyer  en 
1704  et  170(5  sont  également  contemporains  du  Grand 
Roi.  On  remarquera  la  parenté  du  décor  des  dessus  des 
portes  —  masques  souriants  entre  des  rinceaux  fleuris 
de  guirlandes  et  quadrillages  à  rosettes — avec  celui  des 
grands  miroirs  de  la  chambre  de  l’aile  gauche,  restaurée 
pour  le  Dauphin  à  peu  près  à  la  même  époque.  Les 
panneaux  longs  à  coquilles  et  à  rosaces  ont  été  posés  au 
milieu  du  xvm°  siècle.  Le  lit  surmonté  d’un  lourd  balda¬ 
quin  a  été  mis  à  cette  place  lorsque  Louis-Philippe  Ht 
disposer  et  meubler  la  chambre  pour  recevoir  la  reine 
Victoria. 


En  passant  du  Salon  Frais  au  Salon  des  Sources, 
nous  avons  laissé  à  notre  gauche  la  Galerie,  le  Salon  des 
Jardins  et  Trianon-sous-Bois,  ordinairement  fermés  au 
public. 

La  décoration  de  la  Galerie  et  du  Salon  des  Jar- 


cabinets  pour  les  chambres  de  la  façade  opposée.  La 
même  disposition  fut  adoptée  au  rez-de-chaussée  et  à 
l’entresol.  En  même  temps,  les  corniches  et  les  lambris 
furent  refaits.  Leurs  motifs,  sculptés  avec  délicatesse, 
varient  de  deux  en  deux  pièces  et  rappellent,  en  minia¬ 
ture,  la  décoration  de  la  chambre  du  Dauphin  et  de  la 
dernière  chambre  de  Louis  XIV;  ils  sont  malheureuse¬ 
ment  très  empâtés.  Mais  nulle  part  l’architecte  de  Louis- 
Philippe  ne  sévit  plus  cruellement  que  dans  la  pièce 
qui  précédait  ces  petites  chambres  et  les  séparait  du 
Salon  des  Jardins:  la  Salle  de  Billard.  Il  en  fit  une  cha¬ 
pelle,  où  un  vitrail  d’après  l’Assomption  de  Prud’hon 
répand  une  lumière  jaune  sur  des  murs  peints  en  terre 
de  Sienne.  Au  fond,  deux  portes  de  l’époque  de  Louis XV, 
sculptées  sur  les  deux  faces,  mais  badigeonnées  en 
«  faux  bois  »,  ont  été  utilisées  pour  fermer,  l’une  le 
confessionnal,  l’autre  la  sacristie.  Le  coffre  d’autel,  qui 
date  également  du  milieu  du  xvme  siècle,  peut  être  celui 
que  Gabriel  avait  fait  poser  dans  la  petite  chapelle  du 
Salon  Rond. 


Projet  pour  le  Salon  des  Jardins,  sans  date  (Vers  1689). 


dins  date,  dans  son  ensemble,  de  1689.  C’est  alors  que 
Lespingola,  Gautier,  Guyot  et  Leguay  sculptèrent  les 
enfants  ailés  aux  formes  pleines  mais  sans  lourdeur, 
assis  deux  à  deux  sous  les  arcs  des  fausses  fenêtres  de 
la  Galerie.  Tous  les  modèles  étaient  de  Lespingola. 
( Comptes ,  t.  III,  col.  io,  97,  290...)  Les  comptes  et  des 
dessins  anciens  nous  apprennent  que  des  groupes  ana¬ 
logues,  œuvres  des  mêmes  artistes,  couronnaient  autre¬ 
fois  les  portes  du  Salon  des  Jardins.  La  Galerie,  repeinte, 
chauffée  et  mise  en  communication  avec  les  cuisines  par 
un  corridor  souterrain,  servit  sous  Louis-Philippe  de 
salle  à  manger.  Louis-Philippe  fit  transporter  dans  son 
musée  les  peintures  de  Cotelle  et  de  J.-C.  Martin, 
si  précieuses  pour  l’histoire  des  bosquets  de  Ver¬ 
sailles,  dont  elle  avait  été  ornée  vers  i(5g3  par  ordre  de 
Louis  XIV. 

Trianon-sous-Bois  était  habitable  dès  1689;  mais  la 
disposition  et  l’ornementation  de  ses  chambres  furent  sen¬ 
siblement  modifiées  en  1705.  Au  début,  l’aile  était  divisée 
dans  sa  longueur  par  deux  rangées  de  pièces  qui  pre¬ 
naient  jour,  les  unes  sur  les  Sources,  les  autres  sur  le 
parc.  En  1706,  un  corridor  longea  toute  la  façade  sur  le 
parc  et  réduisit  les  chambres  orientées  de  ce  côté  en 


L’objet  de  cette  étude  étant  seulement  de  rendre 
plus  intelligibles  les  planches  qui  suivent,  nous  nous 
arrêterons  à  la  lisière  du  Parc.  Nous  laisserons  à  d’autres 
guides  le  soin  d’accompagner  le  visiteur  au  fond  des 
allées  ombreuses,  devant  le  Buffet  de  marbre  et  de  plomb 
doré  ou  les  dragons  du  Plafond.  Nous  n’irons  surprendre 
ni  les  nymphes  du  Jardin  des  Marronniers  ni  les  petits 
faunes  qui  jouent  au  milieu  de  bassins  dans  la  solitude 
des  bosquets.  Nous  nous  abstiendrons  aussi  de  parler 
des  tableaux  qui  complètent  la  décoration  du  palais  et 
quelquefois  l'altèrent,  beaucoup  de  ces  tableaux  étant 
arrivés  là  après  mainte  vicissitude.  Quant  aux  meubles, 
s’ils  ne  sont  pas  tous  à  donner  en  exemple,  si  les  spéci¬ 
mens  de  l’art  bâtard  du  temps  de  Louis-Philippe  y  sont 
en  trop  grand  nombre,  il  convient  de  signaler  quelques 
belles  pièces  exécutées  au  xviuc  siècle  ou  sous  l’Empire  : 
une  table  de  bois  doré,  dont  les  pieds  à  jour  et  la  ceinture 
sont  ornés  de  masques,  rappelle  le  stvle  de  Pierre  Le 
Pautre  et  le  temps  où  notre  art  décoratif  commence  à 


s’émanciper  de  l’influence  italienne.  Le  goût  français 
dans  toute  sa  pureté  marque  la  petite  console  de  l’époque 
Louis  XV  placée  aujourd’hui  au  Salon  du  Couchant  et 
la  console,  postérieure  de  quelque  vingt  ans,  posée  au 
bas  d’un  trumeau  du  Salon  Frais.  Nous  signalerons 
encore  des  sièges  de  l’époque  de  l’Empire  couverts  en 
tapisseries  de  Beauvais  de  la  fin  du  xvme  siècle,  de  grandes 
torchères  en  bronze  doré  signées  de  Thomire  et  datées 
de  1811,  une  table  à  cariatides  dans  le  goût  de  Percier 


et  Fontaine...  Tout  ce  mobilier  disparate  est  souvent  en 
désaccord  avec  les  lambris  exécutés  sous  la  direction  de 
Mansart.  11  nous  rappelle  du  moins  les  souverains  qui 
vinrent  tour  h  tour  chercher  ici  la  retraite  et  il  résume 
la  destinée  mélancolique  du  palais,  autrefois  demeure 
royale  où  tout  était  en  harmonie,  aujourd’hui  musée  où 
dorment  les  souvenirs  de  régimes  déchus. 

Léon  DESHAIRS 


LE  GRAND  TRIANON 


LE  GRAND  TRIANON 


FAÇADE  SUR  LA  COUR 


LE  GRAND  TRIANON 


FAÇADE  SUR  LE  JARDIN  DU  ROI 


LE  GRAND  TRIANON 


TERRASSES  A  L'EXTRÉMITÉ  DU  CANAL 

Fin  du  XVIIe  siècle. 


LE  GRAND  TRIANON 


I 


LE  GRAND  TRIANON 


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FAÇADE  SUR  LE  JARDIN 


LE  GRAND  TRIANON 


PI.  7 


TROPHÉES 

Retombant  sur  les  archivoltes  des  fenêtres. 
Par  Nicolas  Coustou,  Jean  Joly,  etc...  l( 


Phototypie  Berthaud. 


A.  Cai.avas,  Éditeur,  Paris. 


LE  GRAND  TRIANON 


LE  GRAND  TRIANON 


PI.  9 


( 


TR  IANON- SOUS- BOIS 


Phototypie  Berthaud. 


TRIANON-SOUS-BOIS 

Détails  de  deux  fenêtres  des  avant-corps. 

1705 


A.  Ca lavas,  Éditeur,  Paris. 


_  A 

I 


LE  GRAND  TRIANON 


SALON  DES  GLACES 


LE  GRAND  TRIANON 


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S3SB8B3B55BfiS3BwB3BEBB5B3B3B3BBSBM8BBg3BBHE55 


LE  GRAND  TRIANON 


PI.  16 


A.  Calavas,  Éditeur,  Paris. 


Déposé. 


SALON  DES  GLACES 

Archivoltes. 

Fin  du  xvne  siècle. 


1 


LE  GRAND'  TRIANON 


LE  GRAND  TRIANON 


LE  GRAND  TRIANON 


SALON 


LE  GRAND  TRIANON 


LE  GRAND  TRIANON 


LE  GRAND  TRIANON 


LE  GRAND  TRIANON 

PI.  24 


Phototypie  Berthaud. 


A.  Cala  vas,  Éditeur,  Paris. 


SALON  DE  MUSIQUE 

Fin  du  xviie  siècle. 


I 


LE  GRAND  TRIANON 

PI.  25 


SALON  DE  MUSIQUE 

Panneaux  en  bois  sculpté. 

Fin  du  xviie  siècle. 


A.  Calavas,  Éditeur,  Paris. 


Phototypie  Berthaud. 


LE  GRAND  TRIANON 


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CABINET  DU  COUCHANT 


LE  GRA'ND  TRIANON 


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CABINET  DU  COUCHANT 


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SALON  FRAIS 


LE  GRAND  TRIANON 


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Phototypie  Berthaud.  Déposé.  A.  Calavas,  Éditeur,  Psris. 


SALON  FRAIS 

( Aujourd'hui  salon  des  Malachites). 
Dessus  de  portes. 

Fin  du  xvii8  siècle. 


LE  GRAND  TRIANON 


PI.  31 


Phototypie  Berthaud. 


A.  Calavas,  Éditeur,  Paris. 


SALON  FRAIS 

(aujourd’hui  salon  des  malachites) 

Corniche  en  plâtre  et  panneau  en  bois  sculpté. 

Fin  du  xviie  siècle. 


LE  GRAND  TRIANON 


{ 


FRISE  DU  SALON  FRAIS  (Salon  des  Malachites) 
FRISE  DE  LA  CHAMBRE  DU  ROI 


Phototypie  Berthaud. 


Déposé. 

GALERIE 

Décoration  d'une  travée. 
Bas-relief  par  Lespingola,  1689. 


A.  Càlavas,  Éditeur,  Paris. 


LE  GRAND  TRIANON 


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LE  GRAND  TRIANON 


SALON  DES  SOURCES 


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LE  GRAND  TRIANON 


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Phototypie  Berthaod. 


A.  Calavas,  Éditeur,  Paris. 


SALON  DES  SOURCES 

Détails  des  lambris  el  de  la  corniche. 
Fin  du  xvne  siècle. 


LE  GRAND  TRIANON 


LE  GRAND  TRIANON 

PL  38 


Phototypie  Berthaud. 


ANTICHAMBRE  DU  ROI 

Premières  années  du  xviil*  siècle  et  époque  de  Louis  XV. 


A.  Calavas,  Éditeur,  Paris. 


LE  GRAND  TRIANON 


Phototypie  Berthaud. 


5 


A.  Calavas,  Éditeur,  Paris. 


ANTICHAMBRE  DU  ROI 

1,  2  et  3  :  Détail  de  la  corniche,  rosace  et  chambrante.  Premières  années  du  svm‘  siècle. 
4,  5  et  6  :  Panneaux  en  bois  sculpté.  Époque  de  Louis  XV. 


LE  GRAND  TRIANON 


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LE  GRAND  TRIANON 

PI.  41  bit 


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APPARTEMENTS  DE  TRIANON-SOUS-BOIS 

Dessus  de  glaces. 

Premières  années  du  xvme  siècle. 


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Phototypie  Berthaud. 


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LE  GRAND  TRIANON 


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APPARTEMENTS  DE  TRIANON-SOUS-BOIS 

Dessus  de  glaces. 

Premières  années  du  XVIIIe  siècle. 


LE  GRAND  TRIANON 


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LE  GRAND  TRIANON 


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TABLE  EN  BOIS  SCULPTÉ  ET  DORÉ 

Époque  de  Louis  XIV. 


LE  GRAND  TRIANON 


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CHEMINÉE 


LE  GRAND  TRIANON 


PI.  47 


Phototypie  Berthaud. 


A.  Calavas,  Éditeur,  Paris. 


CHAISE,  FAUTEUIL  ET  CANAPÉ 

de  l’époque  de  l’Empire 

recouverts  d’une  tapisserie  de  Beauvais  de  l’époque  de  Louis  XVI. 

Fauteuil  :  hauteur  i"  Canapé  :  hauteur  i" 

largeur  o"6i  largeur  1-75 


LE  GRAND  TRIANON 


TAPISSERIE  DE  SIÈGE  TISSÉE  A  BEAUVAIS 

Époque  de  Louis  XVI. 


LE  GRAND  TRIANON 


PI.  49 


Phototypie  Berthaud.  Déposé.  A.  Calavas,  Éditeur,  Paris. 

TAPISSERIE  DE  SIÈGE  TISSÉE  A  BEAUVAIS 

Époque  de  Louis  XVI. 


LE  GRAND  TRIANON 


PI.  50 


Pholotypie  Berthaud. 


Déposé. 


A.  Calavas,  Éditeur,  Paris. 


COMMODE  EN  BOIS  D'ACAJOU 

Époque  de  l’Empire 

ornée  de  cuivres  ciselés  et  dorés  de  l’époque  de  Louis  XVI  (voir  PI.  51)  et  de  l’époque  de  1  Empire. 
Hauteur  i”oj,  longueur  i"‘4y,  profondeur  o^éj. 


FRISES  ET  APPLIQUES  DE  MEUBLE  EN  CUIVRE  CISELÉ  ET.  DORÉ 


Phototypie  Berthaud.  Déposé  A.  Calavas,  Éditeur,  Paris. 

COMMODE  ET  LIT  EN  BOIS  D’ORME  ORNÉS  DE  CUIVRES  CISELÉS  ET  DORÉS 

Époque  de  l’Empire. 

Commode  :  hauteur  om99  Lit  :  hauteur  i“20 

—  longueur  i“23  —  longueur  2m22 

—  profondeur  o”5  2 


LE  GRAND  TRIANON 


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LE  GRAND  TRIANON 


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LE  GRAND  TRIANON 


Phototypie  Berthaud. 


TABLE  EN  MARBRE  ET  EN  BRONZE 

Époque  de  l’Empire. 

Hauteur  o"93,  longueur  im46,  profondeur  o”7a. 


LE  GRAND  TRIANON 


LE  GRAND  TRIANON 


LE  GRAND  TRIANON 


LE  GRAND  TRIANON